Conséquences de la gestion néolibérale du réseau de la santé

Dans une rubrique d’opinion parue dans Le Devoir du 1er octobre et intitulée « Manque d’infirmières : pénurie réelle ou structurelle ? », Mia Laberge, conseillère syndicale de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec, critique les employeurs du réseau de la santé qui invoquent l’argument de la pénurie d’infirmières pour bloquer la mise en oeuvre de ratios de professionnelles en soins/patient-es. Ces ratios, rappelle-t-elle, sont un remède essentiel à l’épuisement collectif des infirmières.

Elle écrit : « La pénurie de main-d’oeuvre a le dos large. Les employeurs ne peuvent plus se cacher derrière cette chimère. Il en va du bien-être de milliers de travailleuses du Québec et de la qualité des soins à d’autant plus de patients. »

L’auteure cite des statistiques qui démontrent que, du 1er avril 2016 au 31 mars 2017, les infirmières ont été plus nombreuses à joindre la profession qu’à la quitter, et que les départs à la retraite ont été pratiquement à la même hauteur que dans l’année précédente. Alors que depuis une quinzaine d’années, écrit-elle, les infirmières connaissent une situation de plein emploi, soit 95 %, le taux d’emploi à temps complet diminue. Il a diminué d’un point de pourcentage depuis le rapport statistique de 2015-2016, dans la majorité des régions du Québec. En 2016-2017, 58,4 % des effectifs infirmiers travaillaient à temps complet, 33,3 % à temps partiel et 8,3 % sur une base occasionnelle.

Ainsi, écrit-elle, en dépit des besoins réels et un contexte de plein emploi qui favorise l’augmentation du nombre de postes à temps complet, les infirmières sont toujours confinées à la précarité. Elle qualifie la pénurie de main-d’oeuvre infirmière de structurelle, portée par des politiques néolibérales, parce que les postes à temps partiel prolifèrent au détriment des postes à temps complet. Tandis que la précarité d’emploi sévit chez les infirmières, il y a un recours constant aux heures supplémentaires, aux heures supplémentaires obligatoires et à la main-d’oeuvre indépendante qui provient des entreprises privées de placement. Le déficit de postes à temps complet, écrit-elle, entraîne inévitablement un manque de personnel et une surcharge des professionnelles en soins.

Elle ajoute : « La gestion néolibérale du réseau de la santé s’immisce ainsi de plus en plus ouvertement dans les soins. Les infirmières subissent une violence organisationnelle constante ; ce sont elles qui pallient sans cesse les échecs des gestionnaires, la gourmandise des médecins, les réformes Toyota, les programmes Lean, le manque de volonté politique, le sous-financement du système public de la santé. On leur demande toujours plus de flexibilité, de mobilité à travers des territoires immenses se déployant de Saint-Eustache à Notre-Dame-du-Laus, de conciliation, utilisant leur vocation contre elles. »

L’auteure conclut en disant que des ratios adéquats de professionnelles en soins/patient-es sont un remède essentiel et urgent à l’épuisement collectif des infirmières et doivent être mis en oeuvre immédiatement.